
Lettre
ouverte
à Mme Martine BRUNSCHWIG
GRAF
De
l'oubli à la mort
Au courrier
Lettre
ouverte
à Mme Martine BRUNSCHWIG
GRAF
Présidente de l'Instruction
publique genevoise
Madame,
Le Conseil d'Etat de la République et canton de Genève a rejeté, la semaine passée, le recours de Lucia, institutrice de classe enfantine à Châtelaine, à qui vos services avaient interdit de porter le foulard islamique.
Lucia est pourtant genevoise. Elle s'est convertie à l'Islam en avril 1991 et elle porte le foulard depuis le mois de juin de cette même année, soit depuis plus de cinq ans, sans que cette manifestation de pudeur ait soulevé la moindre objection, ni parmi ses élèves ou leurs parents, ni parmi ses collègues.
Madame la Présidente, et tous les conseillers d'Etat qui vous ont précédée à la tête du département de l'Instruction publique, vous avez toléré que les instituteurs portent la barbe, que les institutrices enseignent en jeans délavés, que l'ensemble du corps enseignant arbore des badges pacifistes ou des rubans rouges célébrant la religion du préservatif.
Vous autorisez les élèves à porter le foulard, ou la kippa, ou la croix chrétienne, mais vous êtes prête à mettre à la porte une institutrice appréciée de tous, mère de deux enfants et soutien de famille parce qu'elle porte ostensiblement les signes de sa foi.
Les motifs de votre intransigeance, si l'on en croit la presse qui rapporte vos propos, sont d'une affligeante insuffisance : "L'enseignant est le représentant de l'Etat. Il a une mission, un pouvoir et une influence qui n'ont rien d'anodin. Ce qu'il est, ce qu'il porte, a son importance". Qui conteste cela ? N'est-ce pas précisément une chance pour la jeunesse que d'avoir une enseignante qui croit en quelque chose et qui ne s'en cache pas ?
Vous avez depuis des lustres encouragé la "laïcité" par quoi laissez croire que l'enseignement dispensé n'est constitué que de connaissances parfaitement objectives, neutres, exemptes de toute idéologie partisane, susceptibles d'être transmises de la même façon par des enseignants robotisés de n'importe quelle religion ou confession.
Un telle prétention est une imposture. Par souci de neutralité religieuse, d'autres instituteurs n'osent plus parler de Jésus à Noël. On fête le sapin ! Lucia n'ose pas parler de religion et raconte à ses élèves qu'elle porte un foulard "à cause du froid" ou parce qu'elle trouve cela joli.
Cela n'empêchera pas ces mêmes enseignants de vanter les mérites de la Révolution française ou de militer hardiment en faveur de dogmes historiques démentis par la recherche scientifique la plus récente.
Il n'est pas pire hypocrisie que d'invoquer la tolérance pour justifier son intolérance. "Nous sommes dans une école mixte, avez-vous dit au journaliste de l'Illustré, et le foulard c'est aussi un symbole par lequel on soustrait la femme au regard des hommes. Dans notre école, nous cherchons à inculquer le respect commun, le sens de l'égalité".
Cette franchise vous honore, Madame la Présidente, mais elle dévoile aussi les véritables motivations d'une décision inique : ce n'est donc pas la neutralité ou la laïcité qui ont motivé votre position, mais l'horreur de la différence : c'est l'égalité qui est devenue la religion officielle. Si donc Pierre, Jacques et Jean ont le droit d'admirer les jambes et le visage de toutes les institutrices du village, ils doivent pouvoir également admirer l'anatomie de Lucia. Si Jules, Arthur et Joseph doivent cacher, pendant leur enseignement, qu'ils sont athées, marxistes, bouddhistes ou juifs, Lucia doit également dissimuler qu'elle est musulmane.
Après que chacun aura soigneusement caché sa foi, tu ses convictions et masqué son appartenance à une église, vous découvrirez avec stupeur qu'Alpha est scientologue ou que Lambda est membre du Temple solaire, et vous accuserez ces sectes de tentatives d'infiltration dans l'enseignement public.
Madame la Présidente, votre crispation est le symbole d'une époque. Si les enfants genevois avaient bénéficié d'une éducation religieuse solide, leurs parents n'auraient rien à craindre de l'exhibition d'un foulard. Et si ces parents ont jugé opportun de ne donner aucune base religieuse à leur progéniture, qu'ont-ils à faire que l'institutrice soit musulmane et le montre ?
Claude PASCHOUD
"Ce fut un malheur pour la Suisse de n'avoir eu que le sentiment de son unité militaire, sans atteindre en même temps celui de son unité politique, car les divisions des Suisses ne tardèrent pas à compromettre la plus grande partie des résultats acquis par leur cohésion et leur discipline de guerre : une dynastie à ce moment de notre histoire, nous a cruellement fait défaut."Gonzague de Reynold
La démocratie et la Suisse, p. 161
Les anniversaires sont aux familles ce que les commémorations
sont aux peuples et aux nations : autant de moyens et d'occasions de fédérer
et renforcer les liens sociaux qui, sans ces rites, se dissoudraient dans
l'oubli et, conséquence que l'on méconnaît sciemment
aujourd'hui, se transformeraient peu à peu en luttes sauvages et
implacables des uns contre les autres sous n'importe quel mobile, idéologique,
économique ou
religieux. Bien des hommes dits de droite, libéraux
affairistes, spéculateurs, totalement immoraux en réalité,
se satisfont de cet état de déliquescence sociale parce qu'ils
en tirent profit personnellement. Ces individus n'ont aucun scrupule à
écraser leur propres compatriotes quand il s'agit de défendre
leurs intérêts à courte vue. Ces hommes dits de droite
sont en fait d'authentiques révolutionnaires, des subversifs en
col blanc. Ils siègent dans les conseils d'administration.
On juge donc à bon droit de la qualité et de la solidité
de tels liens à la qualité, à la fréquence
et au contenu des rites que les sociétés entretiennent pour
conserver la mémoire de leur passé, pour que le présent
n'abolisse point le passé mais le perpétue dans la vie. Anniversaires
et commémorations sont des moyens collectifs privés et publics,
d'affronter la mort et, dans et par un tel affrontement, de renforcer le
sens, le dynamisme même, de la vie.
On peut fort bien imaginer une société,
la nôtre dans certaines de ses tendances aujourd'hui prédominantes
aussi bien dans les mœurs que dans la vie publique, faire du travail (dans
le sens marxiste d'aliénation par le travail, qui est de plus en
plus de type esclavagiste - lutte contre le chômage et précarités
sociales obligent, nous dira-t-on -) une norme si importante, si décisive,
si essentielle et prioritaire qu'elle aurait pour conséquence, au
nom de l'efficacité économique, de supprimer pratiquement
toutes les fêtes religieuses chrétiennes et de n'en conserver
que "civiles" qu'à la condition d'établir par experts leur
rentabilité économique. Noël, Pâques, la Pentecôte
sont déjà perçues dans cette optique-là et
il ne fait aucun doute que les congés payés
n'existeraient plus sans l'industrie du tourisme de masse, qu'il convient
de protéger. L'homme est traité comme un animal : il doit
bouffer et transhumer sur commande. Plus ses loisirs sont grossiers et
vils, plus ils sont abondants et prospères. De cela aussi, les libéraux
en col blanc dont je parlais tout à l'heure sont satisfaits. Certains
sont même proches de l'Opus Dei... Mais
rassurez-vous : tous les niveaux de voyages et de consommation
sont préservés. L'inégalité demeure, même
en barbarie. C'est là qu'elle est d'ailleurs la moins supportable.
Mais enfin, la réalité est bien là, et il faut en
prendre son parti.
Dans un tel contexte, la fête se dissocie de la
mémoire, de plus en plus, et les commémorations sociales,
de l'esprit religieux. Celles-ci se font d'ailleurs discrètes et
ne manquent pas de susciter de nombreuses polémiques et contestations
lorsqu'elles ne s'inscrivent pas dans la ligne de la plus sévère
correction politique. C'est ainsi qu'en Suisse, le 1er août, fête
nationale chômée parce que devenue tellement discrète
qu'elle eût sombré dans le plus total oubli sans cela, s'accompagne
désormais d'une litanie fastidieuse et harassante sur le "fascisme"
latent du général Guisan ou sur l'argent des juifs dans nos
banques. En France voisine, le clan laïc s'est fort ému d'une
visite pastorale de Jean-Paul II à l'occasion du quinze centième
anniversaire du baptême de Clovis, et la cohorte des historiens d'Etat
s'est empressée de nous rappeler quel horrible personnage fut, à
leurs yeux, ce roitelet de l'empire romain finissant. La mémoire
de la France chrétienne fut l'occasion d'un rappel polémique
du laïcisme républicain, comme toute référence
au patriotisme helvétique (quelles qu'en puissent être les
insuffisances naturelles) s'accompagne, de
la part des mêmes mandarins soldés de l'université,
de lamentations sur ce qui pourrait bien devenir, par eux, "les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire",
car il faut à ces parasites véreux et voraces, à tout
prix, un "Vichy suisse" et un "Maréchal-nous-voilà" pour
faire bonne mesure avec leur compagnons d'outre-Jura.
Dans l'autre camp, celui des honnêtes gens, on se
souvient, certes. Mais avec quelques lacunes regrettables et, à
terme, graves pour leur propre cause ! Un livre parmi plusieurs, qui se
devait de porter la signature du successeur légitime du roi Clovis,
Mgr le Comte de Paris, tire le bilan politique et circonstancié
de l'événement survenu à Reims vers la fin du Vème
siècle. Malgré toute la prudence diplomatique dont use le
Prince, nous percevons toute l'importance et la grandeur du rôle
de l'Eglise et de ses prélats, de ses saints clercs et laïcs
aussi, dans la naissance et dans l'affermissement du sentiment national,
inextricablement lié grâce à eux à la piété
monarchique. La sacralisation officielle du pouvoir royal s'est paradoxalement
accrue à mesure que celui-ci, dans sa dévolution, s'éloignait
de son origine naturelle. En effet, la race de Clovis n'avait pas besoin
d'un cérémonial spécifique pour s'imposer religieusement
aussi à ses fidèles sujets; par contre, les usurpateurs carolingiens
utilisèrent le
sacre pour compenser initialement leur défaut
de légitimité dynastique. De même les Capétiens
après eux. Le temps fit le reste. En France, la tradition royale
demeure beaucoup plus vivante que l'on croit, et le personnel politique
actuel craint à la vérité la notoriété
des princes du sang de France, ces princes qui sont pourtant fort conciliants
avec les doctrines républicaines, le livre de Mgr le Comte de Paris
le prouve encore si cela était nécessaire. A travers la personne
des Princes et à travers ces commémorations, ce qui est objet
d'appréhension par la classe politique, depuis le IIe Concile œcuménique
du Vatican surtout, l'Eglise de France fait tout son possible pour gommer
cette histoire ainsi que le rôle primordial qu'elle y a joué,
pour amputer cette mémoire de dimensions essentielles à la
nourriture morale et spirituelle du patriotisme français, pour renier
ce passé à sa manière, c'est-à-dire dans l'équivoque
permanente et dans l'ignominie.
En Suisse, en Vallais notamment, le bon camp, celui des
bons citoyens, des braves gens, des honnêtes travailleurs, même
étrangers d'origine, et des aristocrates non dégénérés,
voudraient bien rejoindre les vrais Français, de souche ancienne
ou récente, mais les occasions sont pratiquement inexistantes !
Le 1er août appartient aux cantonniers serbes, aux pizzaioli italiens,
à la jeunesse prolétarisée... et à la nomenclature
politique, qui n'a plus aucun rapport, sinon financier, avec la patrie
réelle. Aucune autre fête ne coalise les énergies et
ne favorise le culte du souvenir. Dans les familles également, la
mémoire s'estompe avec leur nivellement progressif, voulu par nos
législateurs, qui pénalisent systématiquement les
patrimoines et interdisent la constitution de fidéicommis par une
loi despotique illustrant la teneur morale exacte du régime. Il
est en outre très difficile de mobiliser les volontés pour
rappeler tel ou tel fait marquant de notre histoire locale. L'avènement
de la République en Vallais ne se fête pas, car elle s'est
imposée par fraude et violence subversive, dont une bonne partie
de l'aristocratie porte la responsabilité Quant aux conquêtes
révolutionnaires modernes, qui enchantent tellement les Français,
elle ne méritent pas non plus qu'on les célèbre ici,
car elles se sont imposées à nos peuples par la force militaire
d'une puissance étrangère d'occupation et sont de surcroît,
après 1848, le fruit amer de notre unique guerre civile, le Sonderbund,
où nous fûmes vaincus ! Wille, notre général
de la première guerre mondiale, était
pro-allemand; il nous massacre la mémoire du dernier
en poste, le général Henri Guisan, pour anti-démocratisme
et autres crimes posthumes ! Il ne nous reste donc rien. La Suisse se défait
dans cette indifférence-là. Se substitue alors au culte de
la patrie la logomachie des secrétaires de partis politiques.
Même Le Pen, seul homme politique dirigeant une
formation politique digne de ce nom en France (le reste n'est qu'un cloaque
de mécréants et d'affairistes insolents, incultes et perfides
- chez nous, ils sévissent plus volontiers en coulisses - à
l'exception du MPF de M. de Villiers) n'a pas son pareil en Suisse, Blocher
n'étant qu'un homme fort ordinaire, qui a gravi quelques échelons
dans sa vie honnête (c'est déjà rare) et qui ne coalise
que des mécontentements provinciaux. Il n'a aucune envergure nationale,
ni aptitude à donner à notre pays une orientation politique
susceptible de le faire respecter à l'étranger. M. Le Pen
a une vision de la politique de la France, mais il a aussi une vision de
la politique mondiale. Il peut donc agir sur la première pour réagir
contre la seconde. Blocher a sans aucun doute le patriotisme que l'on nourrit
dans le peuple, mais cela ne suffit absolument pas pour faire de lui un
chef politique crédible à l'échelle nationale, encore
moins internationale. Quant au Vallais, à part moi-même, il
n'y a tout simplement personne pour tenir le premier rang dans la République
de ce canton suisse. Voilà bien
pourquoi on m'empêche d'agir. Partout et en tous
milieux : j'ai entrepris récemment de publier à mes frais
un essai politique. Il a eu un succès certain auprès de tous
ceux que je considère à bon doit comme mes amis politiques,
mais je note également à son propos l'insolente indifférence
de plusieurs de mes pairs à qui je l'ai proposé. S'imaginent-ils
faire l'économie de ma pensée quand eux-mêmes n'en
ont guère ? Et s'ils n'en ont guère, pourquoi tiennent-ils
tant à se distinguer du commun, puisque de fait il tendent à
y retourner ?
Les pays, comme les familles, meurent par asphyxie lorsque
la goujaterie s'épanouit chez trop de privilégiés
de toutes sortes au point d'empêcher tout simplement le reste de
la société, où les gens de valeur abondent, qui sont
des hommes nouveaux mais sains, de survivre.
Alors viennent les révolutions : c'est la manière
divine de sauver la mémoire de ceux que les petites suffisances
du monde dédaignent.
Michel de PREUX
Fonds juifs et or nazi
Madame la Rédactrice,
Depuis quelque temps, fonds juifs et or nazi déposés dans les coffres de banques suisses font la une de l'actualité dans de nombreux médias helvétiques et aussi de l'étranger.
Face à ce flux d'informations tapageuses, je me pose un certain nombre de questions dont je vous soumets les deux suivantes en espérant que leur vous leur accorderez l'hospitalité des colonnes du Pamphlet et qu'il se trouvera peut-être, parmi vos lecteurs, quelqu'un qui puisse y apporter des réponses fondés.
1. Le secret bancaire suisse, si décrié et honni de nos jours par certains milieux, n'aurait-il pas été mis en vigueur dans les années 30 pour éviter l'inquisition et la poursuite par les agents de la police "financière et économique" du IIIe Reich de fonds exportés "illégalement" de l'Allemagne nazie vers la Suisse, considérée alors comme l'un des seuls refuges possibles et crédibles pour les avoirs des personnes poursuivies, menacées ou même seulement intimidées par les sbires du système nazi qui se mettait en place ?
2. Si l'on songe à l'action entreprise par une rescapée des camps de la mort qui réclame à quelques instituts bancaires suisses la "bagatelle" de 25 milliards de francs qui auraient été placés sur des comptes numérotés par les persécutés du régime hitlérien, on est en droit de se demander si les accusations portées alors par les dignitaires du régime nazi accusant les juifs d'Allemagne de "piller" la substance économique et financière du Reich par la soustraction et l'exportation illégale de capitaux hors des frontières de l'Allemagne n'avaient pas quelques fondements ?! Car si ces 25 milliards ont été effectivement exportés vers la Suisse, c'était vraisemblablement au cours des années 33 à 39 (...)
J'ose espérer que l'on peut décemment de poser ces questions que je soulève sans être pour autant taxé ipso facto d'antisémite et que sais-je d'autre encore...
Veuillez agréer, Madame la Rédactrice, les assurances de ma parfaite considération.
Marc Charbonney
Dr. œc.
2552 Orpund