
Sommaire :
L’éditorialiste se penche sur les vertus d’Armée XXI telles
qu’elles apparaissent dans les déclarations fracassantes des nouveaux
généraux.
C. P. est convaincu
qu’il faut faire entendre aux paysans la vérité, et non ce qu’ils
ont envie d’entendre
Michel de Preux se penche sur la notion de tolérance : il observe que la
démocratie moderne assimile toute vérité à une opinion dès lors qu’elle
est indésirable et impose des opinions comme s’il s’agissait de
vérités ou de dogmes quand de telles opinions sont impuissantes à s’imposer
par elles-mêmes.
Conquête spatiale et liberté
Embarras de la
rédaction sur les objets fédéraux !
Le traditionnel
tour d’horizon du mois écoulé, pêché dans la lecture attentive de «24
heures»
Armée XXI a été acceptée par une forte
majorité de votants helvétiques intelligents et bien informés. C’est donc une bonne armée et
c’est désormais l’armée suisse. On peut toutefois se demander pourquoi
l’armée suisse réformée, qui comporte de nouveaux grades et ne comprend plus aucun corps d’armée ni
aucune division, continue à conférer à ses officiers généraux les plus en vue
le grade de divisionnaire et de commandant de corps. Soucieux de participer
dans un esprit constructif à la nouvelle réforme qui ne manquera pas de sortir
prochainement des tiroirs du Département de la défense, nous avons décidé de
remédier dès à présent, avec effet rétroactif, à ce regrettable état de fait,
et de ne plus appliquer aux huiles de notre armée – y compris les
brigadiers dont on ne voit pas pourquoi ils ne bénéficieraient pas de cette
mesure délicieusement «otanocompatible» – que l’appellation de
général.
Or donc, le général Keckeis, chef de
l’armée, et ses subordonnés, chargés par le pouvoir politique de démontrer
à la population le bien-fondé des nouvelles tendances en matière de mode
militaire, nous bassinent en toute occasion avec les missions subsidiaires
devenues, au mépris de toute logique, prioritaires, pour ne pas dire
exclusives. Et comme le bon peuple s’imagine à tort que subsidiaire
signifie accessoire ou secondaire, on
s’efforce de démontrer qu’il n’en est rien, bien au
contraire.
C’est ainsi que le général
Keckeis, s’exprimant – fort bien, d’ailleurs – le 21
novembre 2003, à Montreux, dans le cadre
du Symposium des officiers de Suisse romande et du Tessin, a expliqué à
l’assistance que «subsidiarité
vient du latin subsidium, qui veut dire prestation d’assistance, soutien,
promotion». Notre dictionnaire latin-français nous confirme en effet que le
mot subsidium peut signifier secours, soutien, renfort, aide, assistance,
protection. De promotion nulle trace, ce qui n’est pas pour nous étonner,
car les bienfaits de la promotion de la paix avaient totalement échappé à ces
ballots de Romains. Par ailleurs, le premier sens de subsidium est réserve (en
parlant de troupes). Les missions subsidiaires sont donc bel et bien, comme les
issues de secours, des pis-aller, des solutions qui ne devraient intervenir
qu’occasionnellement, en cas de nécessité absolue.
Nous voulons bien croire, compte tenu de la situation
internationale, que la protection de certaines ambassades nécessite
actuellement l’intervention de l’armée. Mais nous voulons espérer
aussi que ce ne sera pas toujours le cas. Quant aux manifestations comme le
Forum de Davos et autres réunions internationales à risques, elles
n’entraînent l’intervention des militaires que parce qu’on
veut bien les abriter. Il n’est pas question de remettre en cause la
présence sur notre territoire des organisations internationales qui font la
joie et la fierté des Genevois, entre autres : elles font partie des
meubles, même si, avec la disparition de
la neutralité, le choix de
Le 21 novembre, le général Keckeis pavoisait : «Nous étions une armée d’instruction à la
guerre. Nous sommes devenus une armée d’engagement.» Que de mépris
implicite, dans ce cocorico, à l’endroit de tous les militaires qui,
jusqu’au 31 décembre 2003, se sont astreints à cette bête instruction à
la guerre ou l’ont dirigée! Les anciens de tous grades, le général Mabillard, le général Abt, le
général Dousse, le général Rickenbacher et tant d’autres ? Tous des
ânes !
Cette arrogance a eu pour effet que les
militaires qui ont rendu leur matériel fin décembre n’ont eu droit ni à
un merci, ni à un bravo, ni même à un verre de jus d’orange. Il ont eu
l’outrecuidance d’en être marris. Des ânes !
Puisque nous parlons âneries, nous
serions bien contents que le général Keckeis nous explique pourquoi, il y a
quelques semaines, un jeune ex-fantassin de montagne de notre connaissance a
été reconverti, pour son plus grand plaisir, d’ailleurs, en conducteur de
char, alors que, tout récemment, le bataillon de chars
Aussi, ne récriminons pas et ne
voyons que l’essentiel : l’armée suisse est enfin entrée dans
la modernité, elle fait enfin quelque chose d’utile, les compétences sont
enfin utilisées avec discernement, et, surtout, le général Keckeis est content,
mais alors vraiment très content.
Le
Pamphlet
Mon article «Charles Poncet a-t-il franchi la ligne»,
publié dans le numéro
Contrairement à la coutume, en
revanche, et pour des raisons qui m’échappent, cette correspondance
discourtoise, dont l’original était dûment signé, a paru sans le nom de
ses auteurs.
En résumé, je
prétendais en novembre qu’il n’est plus possible à la fois de s’intégrer dans de
grands ensembles supranationaux où règne la libre concurrence à tous niveaux et
à la fois de sauver un secteur
économique où l’on produit durement
des biens dont personne ne voudrait pour leur prix de revient. Je persiste
et je signe.
M. et Mme Mamin me
disent que «le problème n’est pas là» et que ce sont «essentiellement les salaires misérables
accordés au secteur primaire qui expliquent l’essentiel du bon marché des
produits importés». L’explication est un peu courte, surtout dans un
secteur économique où la rémunération des paysans n’est généralement pas
– sauf en Suisse – constituée d’un salaire. Mais même si c’était vrai, même si le prix des produits
agricoles importés était artificiellement bas à cause d’un
subventionnement illicite (i.e. contraire aux engagements pris dans le cadre de
l’Organisation mondiale du commerce), ce serait une preuve supplémentaire
que le
problème est bien là où je le vois.
Et ce qui me
consterne, c’est que mes contradicteurs soient rassurés, non pas par
l’annonce d’un retour possible au protectionnisme pour les produits
agricoles, mais par l’abondant
courrier de lecteurs publié ou non par l’Hebdo.
En quoi les glapissements
du monde rural et les manifestatons sous les fenêtres de Me Poncet aideront-ils
les paysans à sortir du surendettement, de la baisse constante de leurs revenus
et de l’image déplorable qu’ils viennent d’offrir dans cette
récente controverse, malgré le capital de sympathie dont ils bénéficient
encore ?
C.P.
Etonnant Dieudonné ! Le fantaisiste
de talent, souvent provocateur, il faut bien l’avouer, non content de
s’être présenté aux dernières présidentielles françaises, a eu
l’inconvenance de paraître en direct, sur un plateau de télévision
nationale, vêtu en juif orthodoxe posant au supporter virulent de l’axe
américano-sioniste – qui, nous en sommes bien conscients, ne saurait
exister que pour les esprits pervers sujets à la paranoïa – et de
conclure, bras tendu, par un tonitruant «Heil
Israël !»1… Et de subir les foudres des organisations
de maintien de la pensée alignée habituelles qu’il serait fastidieux
d’énumérer ici. Handicap de la jeunesse, l’inconscient ignorait
certainement l’affaire des «couveuses»; mot malheureux de lever de rideau
qui valut au chansonnier Jean Rigaud un baisser de rideau plombé et
définitif… il y a une grosse cinquantaine d’années déjà…
comme le temps passe ! Aussi est-ce certainement en toute candeur que
l’on a pu entendre notre ami Dieudonné avouer le 19.1.2004, sur les ondes
de France Info, qu’il avait été
quelque peu dépassé par les retombées de son incartade et tout autant surpris
par l’ampleur des mesures de rétorsion qu’elle avait
entraînées… Et de faire l’énumération des quelques municipalités de
France ayant, depuis, jugé inopportune sa venue en tournée. Au passage, après
avoir eu la courtoise précaution de réitérer ses excuses à ceux qu’il
avait pu choquer, l’humoriste n’a pu que constater qu’à force
de ménagements de susceptibilités particulières et de précautions oratoires
imposées par la loi, le domaine d’inspiration de son art tournait à la
peau de chagrin, en particulier dans le cadre du spirituel écornant le religieux, dans une république
revendiquant fièrement sa laïcité.
Sans toutefois oser espérer une prochaine abrogation de l’inquisitoriale
loi Fabius-Gayssot2, gageons que le pays qui a donné à Louis XII et
à François Ier notre ami Triboulet, au monde Molière, Voltaire
et Beaumarchais, et s’est tout dernièrement enrichi d’un ministre
de l’intérieur, de la sécurité
intérieure et des libertés locales (sic !), trouvera, pour garantir la
liberté d’expression des amuseurs publics, une solution libérale,
spirituelle et finale.
Il aura fallu que le vol charter
égyptien FSH 604 aille s’éparpiller à quelques encablures de
Charm-el-Cheikh, entraînant dans sa chute 148 malheureux touristes, et la bien
déconcertante remarque d’une envoyée spéciale d’une chaîne
française pour que Max prenne enfin la mesure de l’abîme qui le sépare du
sens de la solidarité :
« A
l’hôtel, ceux qui ont vu mourir leurs amis de la veille, ont quelque part
honte (sic) d’avoir
échappé à la catastrophe ».
Max, pas vraiment honteux, mais
cependant passablement confus, a choisi de continuer à respirer.
Jean Dutrésor, banquier de son état,
m’assure avoir trouvé une parade aux offensives économiques et
financières des USA comme, du reste, aux avances indécentes de leurs concurrents
européens à l’adresse de
1
Citation reprise de l’article de M. Yonathan Arfi dans Le Monde du 7.1.2004.
2 Loi
« bâillon » très comparable à notre lamentable 261 bis CPS.
3
Devant l’Assemblée Nationale, le 15.1.2003.
4 France
2, 15.1.2004.
Contrairement aux apparences, «Vision zéro» ne désigne pas
l’acuité visuelle ou les capacités d’anticipation de nos
politiciens fédéraux, mais un catalogue d’idées du projet de sécurité
routière en préparation à l’Office fédéral des routes et visant à réduire
à zéro – à défaut d’être intelligents, on est au moins ambitieux -
le nombre des accidents mortels de la circulation.
On se souvient du
tollé qu’avait provoqué le projet imbécile de brider à
Parmi les projets toujours d’actualité figurent le port du casque
obligatoire pour les cyclistes, l’allumage des feux de croisement
obligatoire de jour et le 0 o/oo pour les nouveaux conducteurs. On espère, par
la vertu de ces nouvelles brimades, diminuer de façon drastique la prétendue
«hécatombe» routière.
Le bilan global des
victimes d’accidents de la route est de quelque cinq cents personnes par
an. C’est à la fois beaucoup et bien peu, si l’on songe au nombre
de véhicules en circulation, à la densité du trafic et au nombre de kilomètres
parcourus.
Un lecteur de «24
heures» reprochait aux journalistes de parler de «victimes de la route»,
comme si le responsable de l’accident était la route elle-même, alors
que, selon lui, c’est toujours une faute humaine qui est à
l’origine de l’accident, et donc de l’homicide.
C’est
partiellement vrai. Il existe aussi des cas où les accidents sont provoqués
directement par une erreur dans la conception de la route, ou par un défaut
d’entretien du réseau. Et cette seule constatation rend illusoire le rêve
caressé par les têtes pensantes de l’Office fédéral, aidées par les têtes
vides du BPA, de réduire à zéro le nombre de victimes de la route.
Mais curieusement,
si l’on s’émeut périodiquement et de façon récurrente du «terrible bilan» routier, on est assez
discret sur les infections nosocomiales,
c'est-à-dire contractées à l’hôpital[1][1], qui, elles, font entre 3000 et 4000 victimes par années en Suisse, selon les
estimations officielles.
Les hôpitaux font
donc entre 6 et 8 fois plus de
victimes, de décès, que la route. Et l’estimation ci-dessus ne tient sans
doute pas compte des infections et maladies iatrogènes[2][2] qu’on n’attrappe pas à
l’hôpital, mais dans les salles d’attente des praticiens
privés !
Un patient sur 10 est infecté à l’hôpital. Pour le Dr
Jean-Daniel Baumgartner, une grande partie des infections nosocomiales sont
inévitables. Pour son confrère le Prof. Didier Piguet, près de 85 % des
infections que l’on croyait inévitables peuvent être prévenues si
l’on prend les mesures nécessaires.
Je n’ai
aucune compétence pour trancher entre ces deux éminents disciples
d’Hippocrate[3][3], mais je me demande si l’on ne
pourrait suggérer à l’office fédéral des routes de calmer ses ardeurs et
de transférer une partie de son budget à l’organisation Swiss-Noso,
groupe qui réunit les principaux spécialistes suisses de l’hygiène
hospitalière.
Claude
Paschoud
[1][1] du grec Νοσοκομιον (hôpital), de νοσος (maladie) et κομειν (soigner).
Je signale à Mme Francine Brunschwig, qui qualifie cet adjectif de «barbare», que le mot barbare désigne
précisément ce qui n’est pas grec, et par extension ce qui n’est
pas civilisé. Contrairement à ce que croient les rédacteurs de «24
heures», ne peuvent être tenus pour barbares
tous les mots qu’ils ne connaissent pas.
2 pour Mme Brunschwig : affection iatrogène = provoquée par le médecin, du
grec ιατρος (médecin) et γενεα (ce qui est engendré).
3 Barbare du Ve siècle avant J.-C.
«Le vice essentiel des démocraties est l’absence
d’autorité.»
Me
Gustave Théry
«Le péché avait tout divisé; la grâce va
tout réunir.»
Dom
Prosper Guéranger : L’Année liturgique, IIe dimanche de
l’Avent
Nous sommes de l’avis superficiel
que de la confrontation des opinions naît ou peut naître naturellement, dans
n’importe quelles conditions, une vérité. Rien n’est plus
hasardeux. Et, comme Monsieur de
Pour Oskar Freysinger, «il n’y a
pas plus intolérant que ceux qui n’ont que le mot de
“tolérance” à la bouche» et il est bien vrai que les antiracistes
sont les seuls, avec les derniers racistes, pour qui la race est une idée quasi
obsessionnelle. Les hantises de Jean Romain sont religieuses.
L’islamophobie n’est-elle pas un piège que tendent les islamistes
aux Occidentaux pour les désarçonner, comme le serait l’homophobie par
les groupes homosexuels ? Vincent Pellegrini en parle précisément pour en
relever les effets sur le PDC, divisé sur le PACS par souci de ne point subir
l’étiquette, jugée par lui infamante, créée de toutes pièces par ces
groupes de pression en Occident.
Or il m’apparaît que ces trois
thèmes sont largement préfabriqués et qu’en traiter entretient les
confusions que les auteurs de ces articles sont censés vouloir éviter. Pourquoi
cet effet pervers ? Parce que la tolérance même ne veut absolument rien
dire quand il n’y a plus rien à tolérer, que tout doit être
admis de ce qui n’est pas décrété intolérable par les nouvelles
inquisitions, celles qui n’osent dire leur nom. La tolérance ne
s’applique qu’à un certain degré d’erreur ou de faute mais se
juge nécessairement par une vérité ou un bien de référence. Supprimez cette
référence ou relativisez-la à une opinion particulière qui trouve moyen de
s’imposer par la politique, le mot et la réalité de la tolérance
disparaissent. Il est impossible de pratiquer la tolérance pour quiconque
bannit le dogme religieux, les vérités naturelles et l’objectivité du
savoir scientifique comme norme impérative du discours public et politique. De
par son formalisme individualiste ou collectiviste, la démocratie moderne obéit
à une tendance irrépressible de son idéologie propre : assimiler toute
vérité à une opinion dès lors qu’elle est indésirable (d’où sa
haine du catholicisme comme religion dogmatique et hiérarchique exclusive) et
imposer des opinions comme s’il s’agissait de vérités ou de dogmes
(le racisme ou l’antiracisme, selon les circonstances,
l’antirévisionnisme orienté, etc.) quand de telles opinions sont
impuissantes à s’imposer par elles-mêmes, si bien qu’Oskar
Freysinger se trompe lorsqu’il qualifie ces réellement faux tolérants de
«fossoyeurs de la démocratie». Loin d’en être les fossoyeurs, ils en sont
le produit le plus naturel et le plus fatal. Détruisez la démocratie moderne,
et vous retrouverez la tolérance avec le goût de la vérité désintéressée.
Pareillement, Jean Romain croit
échapper au piège de l’islamophobie en affirmant que sa critique ne porte
que sur l’islamisme politique. S’il pense devoir faire une
distinction entre l’Islam comme spéculation religieuse et ce qu’il
considère, contre la conviction acquise et éprouvée des musulmans eux-mêmes,
l’islam comme engagement politique, c’est parce qu’il
respecte cette religion, comme tous les chrétiens apostats adeptes du IIe
Concile œcuménique du Vatican. Il paie ce faux respect, ce respect
politique et lâche, d’une fausse approche de l’Islam, lequel ignore
toujours la distinction chrétienne et propre au christianisme, introduite par
lui seul dans le monde, entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel. Par son
discours faux, Jean Romain encourage donc les musulmans à persister dans le
leur et en particulier à utiliser le mot-clé d’islamophobie, puisque ce
mot est réellement efficace sur la plupart des Occidentaux. Pourquoi s’en
priveraient-ils ? A une politique investie par le religieux, on
n’oppose pas une politique sécularisée mais une alternative politique de
même nature mais supérieure sur le plan spirituel. Et telle est bien la
religion chrétienne par rapport à l’Islam. Les islamistes sont les
meilleurs alliés objectifs des traditionalistes catholiques : ils révèlent
la nature du laïcisme, que le pape Pie XI lui-même qualifiait de «peste» des
temps modernes, mais, à la différence du traditionalisme catholique, il sont
impuissants à dépasser le fanatisme religieux, faute de foi véritable. Le problème
des démocraties occidentales n’est pas fondamentalement d’essence
politique mais religieuse, et c’est parce que la quasi-totalité de ses
intellectuels refusent de le voir qu’ils précipitent nos peuples dans
l’islam… Nos intellectuels sont pitoyables.
Vincent Pellegrini se détacherait-il
des autres assez nettement ? J’en doute. Ne craint-il pas
l’étiquette, qu’il qualifie lui-même d’infamante,
d’homophobe ?…
Je répondrai donc à ces trois personnes
par le mot que j’aurais prononcé sur France 2, lors de l’émission
d’Olivier Mazerolles : «Cent minutes pour convaincre», à la place de
Jean-Marie Le Pen et face à Nicolas Sarkozy : «Je ne parle pas à un
Juif !»
Pourquoi avoir honte de leur tenir ce
langage quand eux ne cessent de pratiquer le chantage à l’antisémitisme ?
Est-ce approuver le nazisme que d’oser demander franchement aux Juifs de
France de s’adapter à une nation qui ne s’assimilera jamais à leur
race ? Est-ce se montrer injuste envers les Français d’origine juive
que d’exiger d’eux ce que tous les peuples exigent de tous leurs
naturalisés : rompre avec la nation d’origine ? Si cette
exigence s’avère impraticable aux seuls Juifs, alors
l’antisémitisme n’est pas un vice mais une vertu. Aucune vertu ne
débouche sur des modes barbares de comportement.
Je ne parle pas non plus à un idéologue
démocrate moderne, parce que le principe de la parole est l’échange
humain finalisé par une recherche commune et sincère, alors que ce type de
fanatiques utilisent systématiquement la parole, fabriquent des mots nouveaux à
seule fin prouvée d’anéantir tous ceux qui, sans discussion, ne pensent
pas comme eux. Si les démocrates modernes veulent réellement cette guerre en
permanence, il faudra bien les traiter en ennemis déclarés et non plus en
concitoyens, car c’est ce qu’ils sont qui importe, non ce
qu’ils pensent être, de mauvaise foi en plus.
Je ne parle pas non plus à un
homosexuel, parce que la finalité des lois consiste à ordonner des rapports
vrais par le droit positif et non à créer artificiellement des fictions
juridiques à seule fin de satisfaire des fantasmes et une volonté de puissance
se nourrissant de chantages, y compris par le choix d’un mot. Traiter
humainement son prochain ne veut pas dire que l’on doive se rendre
complice de sa mauvaise foi, de ses instincts destructeurs, de ses sophismes
mensongers. Ne pas oser tenir aux homosexuels ce langage, c’est tout
simplement (et je parle en chrétien) ne pas aimer son prochain comme Dieu le
veut, en refusant de le défendre parfois contre lui-même. Mais la démocratie
moderne, par son esprit délétère et réfractaire à tout ascétisme de la pensée
comme des sentiments, n’a-t-elle pas refroidi aussi la charité chez les
chrétiens ?
Nous le voyons clairement : tous
les grands problèmes de société posés par nos démocraties exigent un supplément
d’âme que la politique, livrée à ses propres forces et à ses seules
valeurs, est absolument incapable de donner. Les enjeux sont là, il ne faut que
les voir. Mais l’aveuglement volontaire n’est-il pas plus fort ?
1 «Analyse de la
tolérance» par O. Freysinger et «Le nouveau mot des jocrisses» de Jean Romain,
tribune libre du NF dans son édition du vendredi 5 décembre 2003, page 41; sous
la rubrique «Non-dits», en page 2, l’article de Vincent Pellegrini :
«Le pacs et après ?».
Conquête spatiale
Le président Georges
W. Bush veut qu’on envoie des hommes sur la lune pour préparer une
mission humaine vers Mars et d’autres planètes.
Pourquoi ce
projet maintenant ?
On pourrait imaginer que le président
Bush cherche de nouveaux territoires où exercer sa bénéfique activité
salvatrice, si son projet ne devait se réaliser bien après son départ de
En fait, le
président Bush possède de nombreuses preuves que Saddam Hussein, grâce à un
programme spatial tenu secret, a caché ses armes de destruction massive sur une
autre planète du système solaire et compte bien qu’elles seront enfin
découvertes, fût-ce sous le règne d’un autre président.
Liberté
Il paraît que le grand mufti d’Arabie séoudite, le
cheikh Abdel Aziz Al-Cheikh, est furieux parce que des femmes séoudiennes se
sont montrées sans voile devant des hommes, lors du forum économique de
Djeddah. Outre qu’on regrette pour le général Keckeis que ce forum ne se
soit pas tenu en Suisse, on constate une anomalie : pour les musulmanes
séoudiennes, le summum de la liberté est de ne pas porter le voile; pour celles
de France c’est de le porter. Allez comprendre !
Droit du bail : NON !
Le 8 février
prochain, nous sommes invités à nous prononcer sur le contre-projet que le
Conseil fédéral et les Chambres ont opposé, à fin 2002, à l’initiative de
l’ASLOCA «pour des loyers loyaux»,
refusée en votation populaire le 18 mai dernier.
Ce contre-projet a
le seul mérite de «déconnecter» les loyers du taux d’intérêt hypothécaire
de référence, dont l’influence sur le prix du logement n’est plus
guère pertinente depuis que les banques pratiquent des taux variables, selon le
client. Cette nouveauté devrait faire le bonheur des locataires, puisque la
«déconnexion» interviendrait en période de taux hypothécaire bas, et en outre
alors que le taux d’inflation est lui-même presque nul.
Mais l’ASLOCA
fait campagne contre ce contre-projet, tout comme
Cette seule
constatation devrait d’ailleurs suffire au rejet : il serait absurde
d’imposer de nouvelles règles à des partenaires économiques qui sont
unanimes à les trouver mauvaises, et même plus mauvaises que le droit actuel,
pourtant insatisfaisant.
Les critiques
formulées contre le contre-projet du Conseil fédéral ne sont pas les mêmes, on
s’en doute. Mais les locataires et les propriétaires se méfient – à
juste titre – les uns et les autres de la statistique fédérale mystérieuse, obscure, secrète qui servirait de
référence aux loyers admissibles. Cette sorte de «lit de Procuste» qui
déterminerait, à 15 % près, le loyer admissible est un instrument fabriqué,
semble-t-il, d’une soixantaine de critères, dont l’article 269 du
code des obligations (selon le texte qui nous est proposé) ne donne que
quelques-uns : situation, surface,
état, équipement, âge des locaux…
Dans quelle marmite
ces légumes seront-ils jetés, avec quelles épices, en quelle quantité chacun
(coefficients de pondération), on l’ignore.
Donnons-nous
l’occasion de remettre l’ouvrage sur le métier et n’acceptons
pas, par lassitude, une solution mauvaise pour le seul bénéfice du
changement !
«Avanti» ?
Les partisans du
contre-projet à l’initiative «Avanti» ne devraient se faire aucun souci,
puisque, comme ils le proclament, «Tous
disent OUI à la mobilité le 8 février 2004 !» : le Conseil
fédéral et le Parlement,
Et pourtant…
Pourquoi suis-je
méfiant à l’endroit d’un texte qui confère encore plus de
compétences à
Pourquoi vois-je
d’un œil sceptique le chèque en blanc accordé aux Chambres fédérales
quant au choix des priorités ?
Le service
d’information de
Je suis pessimiste.
Je voterai blanc.
Permission de tuer
Si un détenu,
qualifié d’«extrêmement dangereux»
est interné à vie sans aucun espoir de libération anticipée ni de congé, il
deviendra un fauve à qui on aura ainsi accordé, comme à James Bond 007, licence
de tuer qui il veut, sans supplément de peine !
Je comprends que,
pour certains criminels que les experts jugent non amendables, l’argument sécuritaire prime l’espoir
de réinsertion sociale. Mais ne conviendrait-il pas alors d’ouvrir à
nouveau le débat sur la peine de mort,
sans hypocrisie, dans un Etat où les erreurs judiciaires sont devenues, grâce
aux possibilités d’analyses d’ADN, extrêmement peu probables ?
Je pense au
directeur de la prison, à l’aumônier, aux gardiens, aux codétenus, au
personnel infirmier, qui devront subir la loi de ces personnages, lesquels
jouiraient d’un pouvoir exorbitant dû à leur impunité garantie pour tout délit futur, y compris
l’assassinat, s’ils étaient condamnés à vie, sans espoir de
rémission.
Sans parler du
coût…, est-ce bien raisonnable ? Je voterai NON.
C.P.
Garer sa voiture en
périphérie en empruntant les TL coûtera 98 francs par mois contre 69
aujourd’hui, ce qui représente, pour la rédaction de «24 heures», une
augmentation de 30 %.
En réalité,
l’augmentation de 29 francs représente 42 % de 69 francs.
Le calcul avait
peut-être été fait par un helléniste. Ou par un barbare ? (7 janvier,
pages 1 et 21)
Anna Lindh
Lorsque Mme Anna
Lindh, ministre des affaires étrangères suédoise, avait été poignardée, le 10
septembre dernier, dans un grand magasin de Stockholm où elle faisait ses
courses, la presse n’avait pas tardé à mettre en cause un suspect dont on
mettait en évidence les sympathies nazies. C’est probablement à cette
version qu’en seront restés la majorité des lecteurs, car il fallait
chausser ses lunettes pour découvir, plus tard, perdu en petits caractères dans
les nouvelles du monde, que ce suspect était totalement innocent. Plus tard,
toujours en petits caractères, on apprenait qu’un autre suspect avait été
appréhendé en la personne d’un Suédois d’origine yougoslave de 25
ans. Protestant tout d’abord de son innocence, M. Mijailo Mijailovic a
enfin avoué. Ses motivations ne sont pas politiques.
Ouf ! (8
janvier, page 4).
«Depuis son arrestation, le 13 décembre dernier, à
proximité de son fief de Tikrit, le dictateur déchu refuse de coopérer avec les
enquêteurs», nous apprend une dépêche répercutée par notre dodu quotidien de
référence.
Ah ! le
salaud. Il nous les aura toutes faites ! (10-11 janvier, page 5)
Que de bruit
médiatique, grands dieux, pour le départ brutal de M. Ivan Frésard, cuisinier
en chef de «la soupe est pleine»,
divertissement dominical de
Les gens de goût
ont espéré, quelques heures, que la lucidité de M. Frésard aurait pour heureuse
conséquence le passage de cette pénible émission à la trappe. C’était
compter sans Mme Nicole Tornare, directrice de la chaîne, qui démontre sa
capacité d’analyse dans les fières déclarations suivantes : «La direction entendra prochainement les
principaux intéressés. Mais pas question d’arrêter l’émission. Nous
avons un contrat de confiance avec les auditeurs…».
En d’autres
termes : «Je vous donne d’abord la solution. Ensuite, je prendrai
connaissance des données du problème». (12 janvier, page 21)
«Contrairement à certaines affirmations des milieux
populistes et à diverses rumeurs, les étrangers ne profitent pas davantage de
l’AI que les Suisses», explique l’office fédéral des assurances
sociales, ce qui donne l’occasion au rédacteur de «24 heures» de se gausser
du mensonge et de la mauvaise foi de l’UDC, nommément désignée.
Et pour nous
démontrer à quel point les rumeurs… et les affirmations des milieux
populistes sont fausses, le journaliste nous assène les chiffres
officiels : parmi les bénéficiaires de l’AI, la proportion des
Suisses (65 %) et des étrangers (35 %) est restée stable depuis 1995.
Moi, je veux bien.
Mais si la proportion d’étrangers en Suisse est de 25 %, contre 75 %
d’Helvètes, n’y aurait-il pas quelque raison de prétendre que les
étrangers profitent davantage de l’AI que les Suisses, si leur proportion
est de 35/65 parmi les rentiers ?
J’ai sûrement
tort, puisque, selon M. Claude Ansermoz, l’OFAS a démenti «sans ambiguïté» cette rumeur, chiffres
à l’appui…
Ah ! bon.(16 janvier page
7)
Joli dessin de
Burki pour illustrer le malaise du ski suisse. Le dispositif imaginé par
l’artiste pour doper nos athlètes à Wengen ne serait, hélas, pas très
efficace, car le ressort est du mauvais côté sur le piston. (16 janvier, page
44)
C.P.
[1][1] du grec Νοσοκομιον (hôpital), de νοσος (maladie) et κομειν (soigner). Je signale à Mme Francine Brunschwig, qui qualifie cet adjectif de «barbare», que le mot barbare désigne précisément ce qui n’est pas grec, et par extension ce qui n’est pas civilisé. Contrairement à ce que croient les rédacteurs de «24 heures», ne peuvent être tenus pour barbares tous les mots qu’ils ne connaissent pas.
[2][2] pour Mme Brunschwig : affection iatrogène = provoquée par le médecin, du grec ιατρος (médecin) et γενεα (ce qui est engendré).
[3][3] Barbare du Ve siècle avant J.-C.