
Sommaire :
L’éditorialiste commente le premier tour
de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat vaudois et apprécie les chances
de MM. Marthaler et von Siebenthal pour le deuxième tour.
Les rédacteurs du «Pamphlet» assument
leurs erreurs
Max n’a pas aimé le livre d’un «salopard»
qui s’en prend à son père post mortem. … Il constate que tous les
accidents deviennent, dans la presse à sensation, des «catastrophes».
Y aurait-il un coup de frein, aux Etats-Unis,
à la progression du «droit à l’avortement» ?
Michel de Preux analyse la nouvelle neutralité
de la Suisse qui, sous la houlette de Mme Calmy-Rey, lèche les bottes des Etats-Unis
en proposant la modification d’un article de la Charte de l’ONU relatif à la «légitime
défense».
Mariette Paschoud commente les prochaines
élections du Conseil fédéral par le parlement le 10 décembre prochain.
Charles Poncet a-t-il
franchi la ligne ?
Claude Paschoud commente l’article
retentissant de Charles Poncet contre l’agriculture suisse paru dans «l’Hebdo»
du 6 novembre.
On peut encore voter pour Jacques-André
Haury !; Discrimination ; Les coûts de la sécurité
Il reste quelques exemplaires de la
collection des Pamphlet Nos 1-300 avec index ! Hâtez-vous.
Ah les amis !
Quelle rigolade ! La politique électorale est décidément une comédie
pleine d’imprévus.
Au
lendemain de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat vaudois, le monde
médiatique s’extasiait sur le magnifique résultat obtenu par le Vert François
Marthaler. On a même vu passer ici ou là le terme de plébiscite.
N’exagérons rien : avec 42,28% des suffrages exprimés et une participation
de 28,89%, selon 24 Heures du 10 novembre, le fondateur de La Bonne Combine,
au demeurant fort sympathique, n’a obtenu que 12,21% des suffrages exprimables,
ce qui n’est tout de même pas miraculeux. Mais enfin, il est arrivé nettement
en tête et il n’était pas nécessaire d’être un mathématicien de génie pour
comprendre que, compte tenu du désistement promis de Josef Zysiadis et du report certain des voix de
l’extrême gauche sur le candidat écologiste au second tour, son élection était
d’ores et déjà assurée. Jacques-André Haury, méchamment lâché par une partie de
l’électorat de droite et qui sait compter, ne s’y est pas trompé : il a
fort sagement jeté l’éponge pour ne pas se rendre coupable d’«acharnement
électoral». Les partis de droite
n’ayant pas remplacé Jacques-André Haury et le deuxième candidat «sauvage»,
François-Xavier Martin, ayant lui aussi renoncé, on pouvait raisonnablement
souhaiter que Marc-Etienne Burdet, qui n’avait aucune chance, suivît l’exemple,
afin que fût évité un second tour joué d’avance.
Marc-Etienne Burdet renonça,
certes, mais au profit d’un complice. Et c’est ainsi qu’on vit survenir à la
chancellerie d’Etat, le mardi 11 novembre à dix heures, François de Siebenthal1, ce pelé, ce galeux, cet
intégriste, qui allait obliger les électeurs vaudois à dépenser des mille et
des cents - sans compter l’affranchissement de septante centimes nécessaire au
vote par correspondance ! - pour rien.
Comme nos lecteurs ont pu le
constater depuis lors, cette candidature prend des allures de canular.
Ce qu’il y a de plus amusant
dans cette histoire, c’est le conflit qui apparaît entre la démocratie et le
bon sens. Les citoyens prétendument démocrates qui crient, non sans raison, à
la provocation et au gaspillage, violent sans états d’âme les principes
sacro-saints de la démocratie, lesquels justifient pleinement la candidature de
François de Siebenthal. De leur côté, les démocrates purs et durs, qui
défendent les sacro-saints principes de la démocratie et rappellent que
celle-ci a un coût, violent le bon sens le plus élémentaire, qui veut qu’on ne
dérange pas le corps électoral sans raison et qu’on ne dilapide pas cinq cent
mille francs, dans une opération dont le résultat est, à vues humaines,
inéluctable. On nage en pleine incohérence.
Le sommet est atteint, à cet
égard, quoique dans un registre différent, par Monsieur Philippe Dumartheray
dans son éditorial de 24 Heures du 12 novembre 20032. Voici ce qu’on lit
sous la plume de ce respectable démocrate :
«(…) Comprenons-nous bien. Les institutions
politiques ne sont pas en cause. Loin de là. Elles sont le fruit d’un très
riche passé politique qui a été mis sous toit pour permettre à chaque citoyen
de s’exprimer et de participer librement à la vie publique. (…) Aujourd’hui, ce
système est pourtant pris en otage par deux hommes, MM. Burdet (qui a largement
pu défendre ses idées dans nos colonnes avant le premier tour) et von
Siebenthal, qui ont décidé d’en user et d’en abuser.
(…) Quant à nous 24
Heures, nous ne deviendrons pas le relais d’individus qui font tourner la démocratie en
bourrique. Après vous avoir expliqué tous les méandres de ce triste spectacle,
nous n’assumerons, dans le cadre du second tour, qu’un service minimum. Histoire
de faire comprendre aux Marc-Etienne Burdet, François von Siebenthal et à leurs
éventuels disciples que nous avons trop de respect pour la démocratie pour nous
prêter à cette pathétique parodie électorale.
Nous voici avertis : 24 Heures, au nom de la
démocratie, refuse de remplir sa mission d’information pourtant
nécessaire à l’exercice de ladite démocratie si chère à son cœur. François de
Siebenthal, candidat parfaitement légitime, n’a pas droit – ou si peu – à la
parole dans notre bien-aimé quotidien. On en arrive à ce paradoxe :
l’amour de la démocratie poussé à l’extrême conduit à une mentalité de père
fouettard parfaitement antidémocratique. Faut-il alors s’étonner que François
de Siebenthal se fasse remarquer par tous les moyens, histoire de forcer ses
censeurs à parler de lui ?
François Marthaler, futur
conseiller d’Etat ne tombe heureusement pas dans ce défaut. Interrogé, toujours
le 12 novembre et toujours par 24 Heures qui ne lui applique pas son «service
minimum», il se contentait d’être «mal à l’aise», «embarrassé», de déplorer le
gaspillage de cinq cent mille francs et d’évaluer, non sans lucidité, son
résultat au second tour sur la base d’un taux de participation misérable.
«(…) Et quand je songe au taux de
participation. Non, décidément je ne serais pas très fier d’être élu de cette
manière. Imaginez : à 95 % avec un taux de participation de 15% .
Décidément tout cela ne ma va pas trop».
Avec 95% des suffrages
exprimés et un taux de participation de 15%, le résultat de Monsieur Marthaler
au second tour serait de 14, 25% des suffrages exprimables, soit un gain de
2,04% par rapport au premier tour. Si cela ne lui va pas trop, pourquoi
n’a-t-il pas lui aussi laissé tomber après le premier tour ?
Incohérence toujours !
Cela dit, nous qui ne sommes
pas des démocrates inconditionnels, qui pouvons donc exprimer notre point de
vue sans risquer de manquer à la logique, nous le disons tout net : ce
second tour est une sottise et François de Siebenthal aurait mieux fait de
chercher un autre moyen de se distinguer.
Le Pamphlet
1 De
son vrai nom von Siebenthal, le candidat «sauvage» se fait appeler de
Siebenthal.
2 Monsieur
Dumartheray récidive dans 24 Heures du 18 novembre.
Dans notre quotidien habituel
les erreurs ne sont généralement pas imputables aux journalistes. Elles se
glissent sournoisement dans les textes. Chez nous, les rédacteurs assument
leurs erreurs. C’est ainsi que dans son article du no 328 intitulé Polémique
et liberté d’expression, Mariette Paschoud donnait au journaliste de Genève
Home Information le nom de Jörmann, alors qu’il s’appelle Jörimann. On fera
remarquer à Mariette qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre à lire.
En page 3 du même numéro,
Claude Paschoud évoquait sous Prix du bon goût un certain Etienne
Dumont, «sauf erreur directeur de la cinémathèque suisse». Une fidèle lectrice
nous apprend que le directeur de la cinémathèque suisse se prénomme Hervé. A
moins qu’une erreur ne se soit glissée dans 24 Heures du 30 septembre quant au prénom de
l’auteur de l’article nécrologique consacré à Elia Kazan, le directeur de la
cinémathèque suisse n’est donc pas coupable de la faute de goût dénoncée par
Claude qui, il faut tout de même le faire remarquer, envisageait la possibilité
de se tromper.
Avec nos excuses et nos
remerciements aux lecteurs qui prennent la peine de nous signaler nos erreurs.
Réd.
Un parfait salopard au pilori
Par charité
chrétienne, nous l’appellerons « Charlot ». Du pitre il a la petite
moustache et la mine étudiée de pauvre hère. Comme le clown, il semble très à
l’aise dans les remugles du « Front popu » et s’extasie sur « les premiers bains publics [qui] avaient au-delà des relents de sueur, un
fumet de sainteté ». Là s’arrête la comparaison ; là où Chaplin
avait de la carrure, sa doublure est handicapée par des allures de foutriquet.
Notre petit Charlot, donc, a commis un livre1 sur son défunt papa.
On apprend au fil des pages que, né après 1945, il fut recueilli, nourri, élevé
et protégé par ce citoyen suisse et qu’en réalité notre narrateur était le
produit des amours passagères d’une juive et d’un jésuite. Jusque-là on
s’attend à un mauvais plagiat d’un roman d’Hector Malot, l’amphigouri en plus,
qui pourrait s’intituler « Sans famille, ou presque »… Las ! Le
généreux Helvète s’avère être un nazi, passé par conviction au service du
ministre de la propagande à Berlin, comme d’autres Suisses, dans les mêmes
circonstances, choisirent celui des alliés. Le récit édifiant prend alors les
accents d’un règlement de compte politique. Pis ! On apprend que le
bienfaiteur de Charlot est mort, à un âge avancé, sans avoir jamais renié ses
choix. A notre époque de vestes réversibles et de mémoires frileuses, une telle
constance tient du prodige. Pas pour notre « extrême-tourmenté » qui
s’empresse d’ériger sur la tombe encore chaude de son protecteur, un véritable
mur de lamentations souvent venimeuses d’où il déverse, à l’occasion, des torrents
de fiel sur le pays qui l’a hébergé et dont le grand tort à ses yeux est
d’avoir fait en sorte d’échapper à la guerre. Et notre bien triste sire de
venir promouvoir, vent-en-poupe et regard-en-coin, son livre sur une chaîne de
télévision française, avec de faux airs de coupable par procuration. On
aimerait rappeler ici à notre larmoyant Charlot que même si, en notre époque
fertile en « déboutonnades » idéologiques, il est désormais courant
de tirer sur les ambulances, on ne peut toujours pas exécuter un mort :
outre l’impossibilité physique, c’est encore jugé incongru; que bâtard, de son
propre aveu, il est absurde de vouloir s’inventer une quelconque responsabilité
héréditaire; qu’il est inconvenant et méprisable de prétendre présenter
« post mortem » des excuses pour un homme qui n’a jamais renié ses
engagements; et, enfin, que même l’animal le plus misérable, sauf cas
pathologique, ne mord pas la main qui l’a nourri.
Le lecteur
courageux qui parvient au terme d’une sorte de bouillie mêlant, dans un style
laborieux, credo politique de gauchiste frustré et psychanalyse de pacotille de
rejeton à l’identité incertaine, comprend que notre grand inquiet cherche
confusément un homme au miroir de ses lignes sans bien réaliser que le seul de
l’histoire est mort et enterré et qu’il repose en paix.
« Des farceurs » est, selon mon ami le baron
de la Bastide, le terme idoine à appliquer à ceux qui, s’agitant en tous sens
dans le merdier politique européen, prétendent nous gouverner. C’est court et
imagé et, dans nos démocraties apatrides en perdition, c’est d’un mépris
souverain.
Une passerelle menant au « Queen Mary 2 » s’effondre :
quinze morts. En cette occasion et dans ce monde où, lorsqu’un bambin se noie
dans un pédiluve, on n’hésite pas à actionner une cellule de soutien
psychologique, on commence par parler d’accident, puis de drame… de
catastrophe, enfin. Aux dernières nouvelles les Français auront quand même
échappé au deuil national. Toute mort est attristante; accidentelle, elle en
devient, de par son inutilité manifeste, d’autant plus consternante, voire
révoltante. Mais si l’emphase conduit nos hommes publics à qualifier un
accident de « catastrophe », le moindre autocar basculé dans un ravin
prendra des proportions « cataclysmiques » et l’on tremble au nombre
astronomique de qualificatifs qu’il faudra inventer pour donner leur juste
mesure à de plus considérables pertes en vies humaines… L’emphase et le pathos
ont ceci de parent avec le numéraire : plus on les multiplie et moins ils
ont de poids.
M. Berlusconi,
aux alliances troubles et aux déclarations polymorphes et déconcertantes, a au
moins une qualité : une étrange honnêteté politique : je ne l’ai
jamais, à ce jour, entendu se réclamer de la démocratie…
1Max
communiquera volontiers confidentiellement les références du livre à tout
lecteur intéressé.
On apprenait le 5 novembre que
le président George W. Bush avait promulgué une loi adoptée par une forte
majorité du Congrès américain et interdisant une méthode d’avortement
chirurgical le plus souvent utilisée pour des avortements tardifs, soit au
cinquième ou sixième mois de la grossesse. Les milieux favorables à
l’interruption de grossesse considèrent cette loi comme un premier empiètement
sur le droit à l’avortement.
C’est quoi le droit à
l’avortement ? C’est la conséquence de la dépénalisation de l’interruption
de grossesse. A l’origine, cette dépénalisation a pour but de permettre à des
femmes qui se trouvent ou croient se trouver dans l’impossibilité de garder
leur enfant de recourir à l’avortement sans risquer la prison, sans devoir
recourir à des «faiseurs d’anges» avec tous les risques que cela comporte pour
leur santé. On peut être ou non d’accord avec cette manière de voir – et mes
lecteurs savent que je ne la partage pas –, il n’en reste pas moins que, au
départ, l’idée n’est pas d’instituer un droit général, mais de se donner la
possibilité de résoudre des cas douloureux, voire désespérés quand il n’ y a,
croit-on, pas d’autres solutions. C’est un moindre mal, mais c’est un mal quand
même. Progressivement, avec l’évolution des mentalités vers l’individualisme,
l’égocentrisme et le goût du moindre effort, l’interruption de grossesse cesse
d’être un moindre mal pour devenir une solution commode non seulement en cas de
dèche totale, mais aussi en cas d’appartement trop petit, de difficultés
financières ou de séjour à l’étranger. Et comme tout le monde a le droit de
choisir les solutions de facilité, l’avortement devient un droit. Et comme, en
outre, le droit à l’avortement doit être le même pour toutes, on en vient
progressivement à élargir le délai jusqu’à pratiquer des avortements «tardifs»
sur des fœtus de cinq ou six mois, en attendant de procéder à l’opération sur
des enfants de sept à neuf mois parfaitement viables. Cette pente conduit à
terme au droit d’euthanasier les enfants handicapés physiques ou
mentaux.
C’est d’ailleurs bien ce que
réclament en France les partisans de la dépénalisation de l’euthanasie, à la
suite de l’affaire Humbert. Certes, dans ce cas, Vincent Humbert a, nous
dit-on, réclamé le droit de mourir. Mais en exprimant le souhait que la mère
échappe aux rigueurs de la loi, c’est bel et bien le droit des géniteurs
à «secourir» leur enfant handicapé en lui «faisant cadeau de la mort» qu’ils
finiront par obtenir.
Oh ! Bien sûr, on me
rétorquera que chacun a le droit de mourir dans la dignité. C’est très à
la mode cela, surtout en ce qui concerne les personnes âgées. Et je veux bien
admettre que l’acharnement thérapeutique n’est pas une bonne chose non plus et
qu’il n’est pas opportun de maintenir artificiellement en vie un individu qui,
sans l’aide d’innombrables machines, aurait succombé de mort naturelle. Mais
prétendre «délivrer» des malades et des vieillards dont l’organisme fonctionne
encore de manière autonome ouvre la porte à tous les abus, y compris
l’expédition prématurée vers un monde meilleur du vieil oncle à héritage
complètement gâteux qui n’est plus en état de faire savoir qu’il aime encore se
réchauffer aux rayons du soleil.
Il est évidemment facile de
tenir ce genre de propos quelque peu moralisateurs quand on n’est pas un
vieillard, qu’on jouit d’une bonne santé et qu’on a eu ses enfants dans de
bonnes conditions. Peut-être n’ai-je en somme que le droit de me taire. Mais il
faut voir que les partisans de la «mort douce» ou de l’avortement libre sont
eux aussi, souvent, des gens que ne guette pas encore le délabrement dû à la
vieillesse, qui ne souffrent d’aucun handicap, ou qui ne se sont jamais trouvés
confrontés à un grossesse non désirée. Ils n’ont donc pas plus que moi le droit
de parler. Ils parlent quand même.
Je me sens donc le droit de
prétendre que le président Bush et le Congrès américain ont bien fait
d’oublier, l’espace d’un moment, le guêpier irakien pour se livrer à un premier empiètement – espérons qu’il y en aura d’autres –
sur le droit à l’avortement.
M.P.
«La corruption des mœurs ne consiste pas dans de
nombreuses violations de la loi morale, mais plutôt dans le mépris des grandes
vertus, dans la dépravation des principes et dans l'indifférence pour le bien
et le mal.»
Charles-Louis
de Haller, Restauration de la science
politique, tome III, chapitre XLIX, page 362
«Vitia ubi in mores abeunt, ibi remedio non est
locus» - Là où les
vices ont changé l'esprit des mœurs, la situation est sans remède.
Sénèque
Je ne sais d'où Micheline Calmy-Rey tire sa formation politique, mais le
fait est que sa promotion au Conseil fédéral lui aura tourné la tête et le bateau des affaires
étrangères qu'elle est censée conduire est déjà un bateau ivre…
A peine entrée à l'ONU, voici que la Suisse propose, par son
intermédiaire, à cette organisation, sur suggestion de son secrétaire général
ghanéen, une étude ayant pour but rien moins que la modification de l'article
51 de la Charte des Nations Unies, dont la notion de légitime défense, on le
sait, condamne sans équivoque l'agression américaine en Irak au printemps
dernier. Il s'agirait, pour le chef de notre diplomatie, de concocter une
notion juridique nouvelle de légitime défense incluant la possibilité
d'attaques préventives, les Etats-Unis ayant, selon certains1,
"d'une certaine manière et pour eux-mêmes (…) changé le droit."!
La Suisse rompt ainsi avec sa politique de neutralité et entre
ouvertement, par l'acceptation de cette offre du Secrétaire général de l'ONU,
dans l'orbite des Etats-Unis d'Amérique, c'est-à-dire dans celle d'un Etat
agresseur qui, de surcroît, ne verrait pas même sa position juridique
substantiellement modifiée par le changement proposé, étant donné que la preuve
est désormée apportée que l'Irak ne possédait pas d'armes de destruction massive
et que sa participation aux attentats du 11 septembre 2001 n'est pas prouvée
non plus !
En agissant de la sorte, ce Conseiller fédéral viole ouvertement notre
politique de neutralité et ne sert pas non plus la paix, puisqu'il range notre
pays aux côtés d'une puissance qui met notre pays en danger parce que cette
puissance met la paix en danger par une guerre injustifiable et, en outre,
parce que cette puissance qui accusa à tort l'Irak de détenir des armes
illicites en utilisa à deux reprises contre lui en violation du droit
international !
Les initiatives diplomatiques du Conseil fédéral sont donc doublement
dangereuses pour la Suisse : elles font de notre pays une cible potentielle
d'attentats menés par des musulmans terroristes, auxquels elle fournit un
prétexte occasionnellement utile, et, secondement, elles acceptent de
cautionner une dénaturation du droit international dans le seul but de couvrir
la délinquance d'un Etat et de dissimuler les crimes de guerre de son Président
en charge.
De deux choses l'une : ou cette femme est totalement incompétente, ou
elle n'a aucun principe moral de conduite politique et diplomatique ! La vérité
est sans doute entre les deux. C'est, je crois, la condition d'une brillante
carrière en politique dans notre pays, aux dépens de qui ? La Suisse !…
1 Alain Campiotti dans "Le Temps", éd.
du lundi 27 octobre 2003, page 4 : "La Suisse veut redéfinir la légitime
défense".
Nom
d’une pipe ! Pourquoi faut-il donc absolument que le Conseil fédéral soit représentatif
des principales formations politiques qui composent le parlement ?
Pourquoi le parlement ne choisirait-il pas, le cas échéant en dehors du sérail
politique, des personnalités qui, avec ou sans étiquette partisane,
présenteraient les meilleures garanties de compétence et de dévouement à la res
publica , au lieu de nous jouer le pitoyable spectacle de luttes d’influence
qui nous est offert depuis quelques semaines dans la perspectives de l’élection
du Conseil fédéral du 10 décembre ?
N’importe
quel régime, qu’il soit monarchique, dictatorial, oligarchique ou démocratique
comporte, d’une part, un souverain qui commande, qui définit la
politique qu’il veut voir appliquer dans tous les domaines, et, d’autre part,
des exécutants chargés de mettre en œuvre cette politique.
En
démocratie, le peuple souverain n’étant pas en mesure, pour des raisons
évidentes, d’exercer le pouvoir lui-même, c’est une assemblée représentative
des différentes tendances et sensibilités présentes au sein de la
population qui assume le pouvoir par délégation. Ce système a pour corollaire
inévitable l’existence de partis politiques plus ou moins importants qui ont
pour mandat de défendre les intérêts de leurs électeurs, c’est-à-dire de leurs
mandants. Il appartient à ces partis de s’entendre entre eux en assemblée pour
définir la politique la plus conforme à ce qu’ils estiment être l’intérêt
général. Cette politique étant définie, il leur reste à désigner, par consensus
ou par votation, les auxiliaires les plus aptes à appliquer leur volonté, ce
qu’on appelle le gouvernement. Bien entendu, ces auxiliaires doivent disposer
de moyens, d’une certaine marge de manœuvre, de la possibilité de prendre des
initiatives. Mais ils ne doivent en aucun cas se substituer aux représentants
du souverain dans l’exercice du pouvoir. Ce sont des serviteurs, de haut niveau
sans doute, mais des serviteurs tout de même, dont on attend fidélité,
diligence, intelligence et compétence et qu’on est en droit de remercier en
tout temps s’il s’avère qu’ils ne sont pas de bons serviteurs. De la sorte, le
bon fonctionnement du système est assuré autant qu’humainement possible et le
peuple souverain peut vivre, au moins relativement, dans la justice, la
sécurité et la prospérité.
Ohé !
On se réveille ! Ce régime existe peut-être en Utopie, mais nulle part
ailleurs. Ah bon ? Pourquoi ? Parce qu’il recèle en lui-même les
dérives qui l’empêchent de fonctionner à satisfaction.
Premièrement,
il postule que les députés ont avant tout à cœur de trouver tous ensemble les
solutions les plus satisfaisantes pour le souverain. Il n’en est rien :
les députés ont à cœur de trouver les solutions les plus satisfaisantes pour le
parti auquel ils appartiennent et les plus propres à assurer l’élargissement de
leur sphère d’influence, ce qui les conduit à oublier les intérêts qu’ils sont
censés défendre pour se complaire dans la démagogie, la navigation à vue, les
retournements de vestes, tout cela, parce qu’ils sont soumis à réélection et
qu’ils sont prêts à tout pour rester en place. On pourrait remédier dans une
certaine mesure à cet état de fait en prolongeant les mandats et en stipulant
que ces mandats ne sont pas renouvelables. Débarrassés du souci électoraliste,
les députés en place pourraient alors s’autoriser une vision à long terme. Mais
il n’y faut pas songer : il faudrait modifier complètement des habitudes
et des mentalités inaptes au changement.
Deuxièmement,
les partis ne raisonnent qu’en termes de représentativité partisane.
Prenons le cas de la Suisse
à l’échelon fédéral. Le Conseil national est élu par le peuple, ce qui est dans
l’ordre des choses. Mais pourquoi le Conseil des Etats qui devrait être le
représentant des cantons est-il lui aussi élu directement par le peuple et non
par les Grands Conseils, émanations du peuple à l’échelon cantonal ?
Pourquoi les Conseillers aux Etats sont-ils proposés par les partis et
défendent-ils, en cas d’élection, le point de vue de leur parti, alors qu’ils
devraient être de simples émissaires des cantons, chargés de défendre avec
éloquence et intelligence une vision politique définie à l’échelon
cantonal ? Et pourquoi le Conseil fédéral doit-il lui aussi être représentatif
du poids des grands partis de l’Assemblée fédérale, ce qui interdit toute
possibilité d’accès aux membres des petites formations ou à des hors-parti, et
nous prive de personnalités de premier plan. Croit-on que Jean-François
Leuba ou Suzette Sandoz auraient
fait de moins bons conseillers fédéraux que Kaspar Villiger ou Ruth
Dreifuss ?
On nous casse les oreilles
avec la partie de chaises musicales qui se joue à Berne en ce moment. Que nous
importe que l’UDC ait deux sièges ou point ? Que le PDC ou le parti
radical doivent se contenter d’un seul siège ? Que Madame Metzler
s’agrippe à son fauteuil ? Que Christoph Blocher se permette des
exigences ? Nous n’avons pas besoin de guignols étiquetés, mais de serviteurs
de bon aloi.
Il est vrai que c’est une
espèce en voie de disparition.
Charles
Poncet a-t-il franchi la ligne ?
La diatribe de Me Charles Poncet contre l’agriculture suisse n’aura pas
passé inaperçue. Publié sous le titre anodin de «Lettre ouverte à Fernand
Cuche» dans l’Hebdo n° 45 du 6 novembre dernier, le texte de
l’avocat genevois a relégué les pamphlets de Paul-Louis Courier et les
imprécations du docteur Destouches au rang d’articles complaisants d’un
rédacteur de province sur les dernières comices agricoles.
Pour Poncet, l’agriculture suisse est une «catin ridée» dont on ne
discerne les appâts réels qu’«après avoir été délesté des pistoles qu’elle
réclame d’une voix éraillée», elle n’est «d’aucune utilité à nos
concitoyens, (…) elle pollue et (…) elle gaspille la terre.»
Et
le distingué juriste de conclure : «En un mot, Monsieur le Conseiller
national, vos adeptes ne servent à rien. Ils vivent aux crochets de leurs
compatriotes et leurs éternels glapissements pleurnichards confinent à
l’obscénité».
Mais l’auteur ne se fait aucune illusion sur les effets de sa diatribe :
«…c’est en vain que je m’égosille pour le consommateur suisse, taillable et
corvéable à merci : la conjuration des culs-terreux est si puissante en
politique qu’elle a encore de belles années devant elle».
Même Philippe Barraud s’est indigné : sous le titre «Poncet
dépasse les bornes», l’excellent rédacteur de commentaires.com,
qui prend Dieu à témoin de la largeur de ses idées en matière de pamphlets et
de polémiques, qualifie le pavé poncétien, dans son édition du 13 novembre, d’«inadmissible».
Un autre commentateur, dans 24 heures ou dans Le
Matin, s’indignait lui aussi des insultes adressées à cette
civilisation agricole qui est un peu nous tous.
Il est vrai que le brûlot de Maître Poncet, vrai chef -d’œuvre de
rhétorique, nous atteint comme une gifle, parce que nous nous sentons tous un
peu membres de cette paysannerie à laquelle appartenait encore sinon notre père
du moins presque à coup sûr notre grand-père, et surtout parce que nous sentons
confusément que Poncet, sur le fond, a raison.
Les gesticulations de Barraud et ses attaques contre les tarifs des
avocats sont pathétiques car, totalement hors au sujet, elles attestent que
Poncet a touché juste. Nous ne serions pas si durement atteints par un constat
si sévère si nous ne réalisions pas que les paysans mènent un combat
d’arrière-garde, désespéré et sans talent, pour leur survie au sein de l’Europe
de Bruxelles ou contre l’Organisation mondiale du commerce.
M. Joseph Deiss a été clair récemment. Même si la Constitution fédérale
prescrit à la Confédération d’encourager les exploitations paysannes
cultivant le sol, dans un article 104 dont les finalités sont peu claires,
les agriculteurs sont condamnés sur l’autel de la concurrence internationale,
au sein de laquelle nous ne pouvons faire le poids, malgré le savoir-faire, le
courage et la détermination des derniers «culs-terreux»
Il n’est décidément plus possible de vouloir à la fois se fondre
dans de grands ensembles politico-économiques où règne la libre circulation des
personnes, des capitaux, des biens et des services, y compris des produits
agricoles, vouloir le bien suprême du consommateur et à la fois déroger
aux principes de la liberté économique et de la libre concurrence pour
conserver à grands frais des jardiniers du paysage qui produisent durement des
biens dont personne ne voudrait pour leur prix de revient.
Les jeunes générations sont citoyens du monde, s’indignent que nous ne
soyons pas encore membres de l’Union européenne, et vont faire leurs courses du
week-end à Divonne ou à Evian. Ils ont un souvenir plus ou moins proche de la
course d’école «connaissance de l’environnement» où ils ont pu constater de
visu, dans une ferme accueillante, que les poules n’ont que deux pattes et que
les lapins vivants ne sont pas en chocolat. Ce n’est pas cette expérience
unique qui va les inciter à délaisser l’agneau de Nouvelle-Zélande au profit
d’un mouton argovien une fois et demi plus cher.
Il ne restera plus, bientôt, dans un marché mondial, que des
spécialistes hyper-compétents dans un domaine professionnel minuscule. Une
vendange tardive d’un raisin flétri croissant sur une terre calcaire… Une
montre aux sept complications… Un papier ou une encre inimitables pour les
billets de banque… Un médicament seul à pouvoir guérir telle ou telle
affection…
Avec l’unification des procédures, les avocats genevois eux-mêmes
devront subir la concurrence de leurs confrères burkinabés et bengalis, comme
l’appelle Philippe Barraud de ses vœux. Déjà qu’ils ne peuvent plus compter sur
les juteuses procédures de divorce d’antan où il suffisait d’arranger une
cinquantaine d’allégués puisés dans une banque de paragraphes pour gagner
l’équivalent d’une année de salaire d’un maçon espagnol.
A part quelques spécialistes hautement compétents dans un domaine très
particulier, les paysans suisses, comme les avocats genevois, vont disparaître
faute d’utilité à l’ensemble du peuple suisse comparée au prix qu’ils coûtent.
Espérons, dans tous les cas, que si Me Charles Poncet se lasse du barreau,
il n’abandonnera pas la polémique.
Votez Haury !
Si le second tour de
l’élection complémentaire au Conseil d’Etat vous pose un problème quelque part
au niveau du vécu, parce que vous ne voulez pas voter pour un homme de gauche
ni pour un «agité du bocal», ne renoncez pas pour autant à accomplir votre
devoir de citoyen. Nous ne vous apprendrons en vous rappelant que vous avez le
droit de voter pour un non-candidat. Votez donc Jacques-André Haury. Ça le
consolera un peu de son échec immérité et de la duplicité de certains de ses
«amis» politiques.
Un Nigérian a été condamné à
la mort par lapidation pour sodomie par un tribunal islamique. D’accord la sodomie
ce n’est pas bien, surtout, ce qui est le cas, quand on la pratique sur des
enfants. C’est même franchement ignoble. Mais enfin, cela ne mérite tout de
même pas un traitement aussi barbare. Pourquoi les défenseurs des droits de
l’homme ne se mobilisent-ils pas comme ils le firent naguère en faveur de la
Nigériane qui avait subi la même condamnation pour adultère ? L’adultère,
ce n’est peut-être pas aussi moche que la sodomie, mais ce n’est pas bien non
plus.
La Nigériane a finalement
été acquittée et on s’en réjouit pour elle. Son compatriote a fait appel. Si
cet appel est rejeté, quelqu’un bougera-t-il le petit doigt pour lui venir en
aide ? Probablement pas. Après tout, ce n’est qu’un homme.
Bonne nouvelle pour les cantons de Vaud, du Valais
et de Genève : la Confédération a décidé d’augmenter sa participation aux
frais occasionnés par les mesures de sécurité lors du sommet du G8 en juin à
Evian. Bravo ! Merci !
Mais
en réalité, les quelque 43 millions investis en tout dans l’opération, qui va
les payer ? Les contribuables de notre beau pays. Simplement, les
contribuables des cantons impliqués verront leur participation diminuer aux
dépens des contribuables des cantons non concernés, des cantons suisses
allemands en particulier, qui apprécieront certainement le «cadeau».
Par
ailleurs, l’armée viendra soutenir les forces de police pour garantir la
sécurité lors du Forum économique mondial (WEF) qui se tiendra à Davos du 21 au
25 janvier. L’intervention coûtera 18 millions, sans compter les 80% de
participation aux coûts occasionnés par la sécurité des «huiles» qui honoreront
de leur présence le sol du canton des Grisons. Mais qu’on se rassure, la
dépense supplémentaire effective s’élèvera à un peu moins d’un million. Nous voilà
consolés. Du moment que l’armée suisse coûte de toute façon environ 17 millions
tous les quatre jours, on ne va pas chipoter sur un malheureux million
supplémentaire. Et puisque nos confédérés des Grisons vont payer pour «notre»
G8, les contribuables vaudois seraient bien mesquins de s’en prendre à «leur»
Forum.
Il nous reste encore
quelques exemplaires des collections reliées des numéros 1 à 300 du Pamphlet.
Dotés d’un index qui facilite considérablement les recherches, ces volumes
coûtent 450 francs ou 300 euros. On peut passer commande soit par Internet à
l’adresse lepamphlet@hotmail.com,
soit par téléphone au 021 311 24 87, soit par fax au 021 311 27 95. Réd.